16.08.2008

Vive la Belgique libre

Un mot pour éclairer les projets de séparations entre Belges, et regretter l'approbation des souverainistes français.


Comme il n'est pas question de développer dans le format d'un article de blog une théorie complète sur ce que sont les identités en Europe, je me contenterai de quelques définitions, qui sont pour moi fondatrices.

Premièrement, la langue est elle un critère pertinent pour une division politique? La pratique du Français dans la partie Sud est le critère choisi officiellement pour définir la séparation en Belgique, et elle est aussi le critère retenu par les souverainistes français pour justifier le rattachement à la France.

Je suis linguiste, diplômé de linguistique, et je dois dire que la langue est pour moi beaucoup moins importante que:

- la santé des gens
- le logement des gens
- la sécurité des gens...

A ce titre, tous les Belges sont des personnes réelles, et doivent avoir la même valeur aux yeux des Français. Il est vrai que pour la culture nous avons plus de facilités à comprendre les Belges francophones, mais pour la politique c'est le droit et la dignité humaine qui comptent, et du point de vue du droit et de la dignité humaine tous les Belges sont des citoyens belges, nos voisins.

De plus, les Flamands et les Wallons forment-ils réellement des communautés historiquement séparées? Pas du tout! Pour caricaturer, les Wallons sont des familles flamandes émigrées au Sud pour travailler, les Flamands sont des familles wallones émigrées au Nord pour travailler. Ils partagent tous la totalité de l'histoire belge.

Les Francophones belges ne sont pas des Français. Ce sont des Belges comme les Flamands. Dans le sens inverse, à part la langue les Français sont tout aussi proches des Flamands que des Wallons.

Il est vrai que la Wallonie a été économiquement dominante au XIXème siècle, et que c'est à présent au tour de la Flandre d'être plus riche. Mais cela est normal dans la vie d'une nation. Les technologies changent, les régions changent. Il est exact que la Wallonie tarde à s'intégrer socioéconomiquement à la nouvelle économie belge, mais provoquer une séparation serait envenimer ce défaut, non le résoudre.

De manière générale, les différences linguistiques ne posent pas de problèmes de cohabitation, et ne doivent provoquer de séparations que pour les activités culturelles. S'il s'agit du travail ou de l'université, alors les Wallons sont capables d'apprendre le flamand, et les Flamands le français. Changer de langue, parler la langue de l'autre, on n'en meurt pas. Et ce n'est même pas une humiliation, tant qu'on peut garder la sienne.

Si l'on se place maintenant à l'échelle européenne, alors il m'apparaît évident que préserver la stabilité des Etats existants est de loin préférable à ouvrir la boîte de Pandore des communautés ethniques. Si les minorités jouissent de tous leurs droits civiques, alors il est plus sage de conserver les vieilles frontières. Oui, toute frontière est contestable, mais une bonne frontière est une vieille frontière. La paix et la tranquillité des gens humbles, le bon fonctionnement quotidien des sociétés sont des objectifs supérieurs aux drapeaux véhéments.

Je comprends et reconnais la sincérité des souverainistes français dans leur choix d'une Wallonie française. Mais je n'ai pas l'esprit assez serein pour m'abandonner à la fierté ethnique, et je souhaite leur poser deux questions:

- Appuyer la scission de la Belgique, n'est-ce pas faire le jeu de la Commission de Bruxelles, qui prône une Europe des régions assujetties et des Etats affaiblis?

- Appuyer la scission de la Belgique, n'est-ce pas faire le jeu de l'impérialisme allemand, qui a déjà provoqué l'autonomie de la Croatie et développe une zone d'influence "germanique"?

Compte tenu de tout cela, la France n'a-t-elle pas intérêt à soutenir une Belgique stable et forte?

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