19.07.2008

La France, l'Irlande et la Yougoslavie

Quelques considérations sur l'Europe de la défense.


Il est intéressant de constater la différence de points de vue lorsqu'on participe au débat européen dans différents pays.

Alors qu'en France on considère en ce moment que l'on est en train de sacrifier notre défense nationale, en Irlande il est courant d'entendre dire que "les Français" veulent développer un super-Etat militaire. Cette impression irlandaise est sans doute due à la présence désastreuse de M. Sarkozy dans les relations internationales, et à ses récents coups de menton en tant que "président de l'Europe", mais on peut essayer de voir plus loin.

En fait, les points de vue français et néerlandais se rejoignent lorsque l'on réalise qu'une force armée européenne est en cours de création, programmée pour être contrôlée par des institutions supranationales, et sans légitimité démocratique.

La nature éminemment politique de ce projet apparaît plus clairement lorsque l'on comprend que des coopérations ad hoc sont déjà possibles entre les Etats-Membres, et donc qu'un transfert au niveau européen n'est pas techniquement nécessaire. On peut même dire que le transfert au niveau européen était plutôt à éviter, puisque sur ce sujet les gouvernements européens ne s'accordent presque jamais.

Personnellement, je pense que des attributs militaires n'auraient jamais du être envisagés au niveau administratif européen. Je ne suis pas un pacifiste radical, puisque je reconnais la nécessité de forces armées, mais je pense qu'avec la construction européenne on avait l'occasion de montrer au monde l'exemple d'une réconciliation entre Nations, et d'un passage du rapport de force à la coopération basée sur le droit. En ce sens, encore une fois en conservant les forces armées nationales et leurs coopérations circonstancielles, alors le seul drapeau européen aurait du être un drapeau blanc.

Et si l'on a une stratégie qui comprend la possibilité de la guerre, alors il est aussi souhaitable de ménager et d'afficher la possibilité d'une paix.

Dans ce contexte, l'entrée programmée de la Croatie dans l'Union pose problème. D'une identité conjuguée à la barbarie ethnique dans la première moitié du vingtième siècle, la Croatie était passée à une fédération ressemblant un peu à l'Union européenne sous Tito, puis à la fin de la guerre froide son indépendance s'est de nouveau basée sur la violence ethnique.

Par conséquent, les préparations d'entrée de la Croatie, et les gens qui la soutiennent, semblent radicalement incompatibles avec les valeurs de l'Union européenne.

Plus on étudie les évolutions récentes de l'Europe depuis la chute du mur de Berlin, plus on perçoit des choses qui sont opposées aux intérêts européens. Si nous voulons retrouver un nouveau souffle pour l'Europe, nous n'échapperons pas à un droit d'inventaire sur ce qui s'est passé depuis les années 90 concernant la Yougoslavie, à l'établissement clair des responsabilités des uns et des autres, et nous n'échapperons pas non plus à un débat sur nos réels intérêts stratégiques pour l'avenir.

Il y a des gens qui se qualifient d' "européens" de façon véhémente, et dont on ne peut pas sérieusement reconnaître qu'ils travaillent pour l'Europe, si l'on entend par là une zone de paix, de coopération et de prospérité. Alors, qui fait quoi en termes de défense, et qui sacrifie quoi?

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