05.02.2008
Faux sens
Ainsi donc le Traité de Lisbonne sera voté. On aimerait pouvoir vitupérer, mais une réaction éternelle à l'actualité ne remplace pas un projet politique, et force est de constater que le Non de gauche, en échouant à se structurer, et en refusant de développer des contacts européens sur un sujet européen, a laissé un boulevard à la reprise du texte de 2005.
On ne saurait non plus oublier l'influence dans la gauche française de réseaux qui souhaitent ne pas s'opposer à l'avènement d'une société ultralibérale mondiale, afin d'accentuer le malheur des populations et précipiter une crise révolutionnaire de type marxiste.
Quant aux partisans du traité actuel, j'en distingue au moins trois catégories:
- Des ultralibéraux mondialistes qui souhaitent la disparition du modèle social européen et un rattachement stratégique aux Etats-Unis (plus ou moins alliés aux réseaux de gauche précités)
- Des plantons locaux qui confondent l'Europe avec une Eglise, et répètent pieusement la bonne parole en espérant une promotion rémunérée dans divers réseaux, ou un non licenciement pour certains
- Des hyperémotifs impressionnistes, de type gauchistes passés au centre bien pensant, qui considèrent toute manifestation d'une existence autonome comme du "fascisme", des "extrêmes", etc.
Mais nous ne pourrons jamais être les Etats-Unis, mais seul Dieu est Dieu et la Commission de Bruxelles n'est pas sainte, mais dans l'histoire la démocratie n'est défendue que par ceux qui disent Non.
Les partisans du Oui ont cette semaine enclenché une crise de légitimité, et faisant voter par le Parlement un texte qui avait été refusé par le Peuple souverain. Ce faisant ils tombent dans la caricature de ce qui était dénoncé lors du référendum de 2005. C'est un coup dur pour la construction européenne, et peu s'en rendent compte.
Car en dehors de la partie 3 du traité de 2005 qui voulait constitutionnaliser les détails d'une politique ordolibérale, en dehors de la partie 2 qui portait sur les Droits de l'Homme et faisait semblant de monopoliser la civilisation européenne, il y a aussi reprise de la partie 1, celle qui porte sur les institutions, et celle-ci est bancale.
Car le texte issu de la convention Giscard est en fait très mauvais, et il met en péril l'Europe beaucoup plus qu'un status quo.
Il jette aussi un trouble sur plus de 50 ans de construction européenne. S'est-elle faite finalement pour ou contre les Européens, comme ce traité aujourd'hui? Allez, en ce jour pas comme les autres on peut bien vous le révéler: le Traité de Rome était un faux. Eh oui, le texte signé par les chefs d'Etat le 25 mars 1957 dans la grande salle des Horaces et des Curiaces du Capitole ne comportait que la première et la dernière page, le reste du volume solennellement présenté au public étant constitué de pages blanches.
En effet, l'imprimeur italien sollicité, livré trop tard par les services diplomatiques, n'avait pas eu le temps d'imprimer les autres pages. Pourquoi cette précipitation? Parce que toute l'Europe bruissait du retour probable de De Gaulle, et qu'il fallait absolument signer le traité avant.
Mais ce traité de 2008, en quoi est-il bancal, en quoi porte-t-il préjudice à une construction européenne bien comprise, en quoi se révélera-t-il impraticable dans les années à venir? c'est ce que nous nous efforcerons de montrer dans les semaines qui viennent. Maintenant qu'on ne peut plus guère faire pire, maintenant que même des orthodoxes comme Jean-Louis Bourlanges constatent toute l'étendue de la crise, des voies s'ouvrent pour une discussion plus sereine, et libre d'une dichotomie forcée entre gentils et méchants, entre "européens" et "eurosceptiques".
08:55 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Europe, Politique, Municipales, Traité de Rome






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