31.01.2008
Le cas Tony Blair et la droite française
En matière de politique européenne, les choses évoluent d'année en année et il serait imprudent de s'en tenir à une dichotomie figée entre "méchants" et "gentils". Les lignes bougent.
Ainsi, lorsque le président Sarkozy a évoqué sa préférence pour Tony Blair au poste prochainement créé de "président de l'Europe", de nombreuses voix se sont élevées dans la droite française pour contester ce candidat, jugé par sa nationalité trop éloigné des préoccupations européennes.
On constate donc que les plus "européens", disons pour aller vite le centre-droit, commencent eux aussi à reconnaître la présence dans la politique européenne de forces qui sont hostiles à la construction européenne, incompatibles avec le modèle social européen, et influencées par des puissances étrangères.
Pour quelqu'un comme moi qui suis la politique européenne depuis les années 80, c'est un soulagement. La parole se libère, les interdits tombent et l'on peut enfin débattre sereinement de la géopolitique réelle.
Quel progrès depuis l'époque Mitterand, marquée par cette incantation incessante d'une différence irréconciliable entre gentils mondialistes de centre-gauche et méchants fascistes du Front national, cette invocation ambiguë et forcenée des cendres de la seconde guerre mondiale, bref cette ultimatum posé par les intellectuels de choisir entre Bien absolu et psychose d'une part, ou Mal absolu et constatation des faits d'autres part.
La première brèche à ce modèle fut apportée dans les années 90 par les souverainistes, eux qui se situaient déjà aux marges de la légitimité du bon ton et de la bonne société : Philippe de Villiers, Charles Pasqua, Jean-Pierre Chevènement. Malheureusement, comme ils charriaient dans leur idéologie la défense de périodes dépassées de l'histoire de France (ancien régime, bonapartisme, troisième république), ils continuèrent à légitimer systémiquement le mondialisme ultralibéral du centre-gauche : si les souverainistes sont dépassés, alors il est légitime de continuer à voter pour les Strauss-Kahn et compagnie, les Pascal Lamy, et leur soutien local le maire de Brest François Cuillandre, hostile aux campagnes "Brest Hors AGCS".
Puis vint l'époque d'Attac, des altermondialistes et du Non de gauche au référendum de 2005. Ils apportèrent une amélioration en ce sens qu'ils étaient dénués de sentiments nationalistes, donc cassèrent définitivement l'association irrationnelle entre critique de l'Europe et xénophobie. Malheureusement eux aussi montrèrent vite leurs limites. Leurs revendications restaient limitées la plupart du temps à la défense des services publics, leurs militants émanant eux-même le plus souvent des services publics. Les précaires du secteur privé ne furent pas ainsi authentiquement défendus. Suite au référendum, ils se montrèrent en plus incapables de développer des contacts internationaux, y compris avec leurs homologues néerlandais de la même sensibilité.
Dans certains cas finistériens, cet échec pris même la forme d'un refus borné.
Les choses restèrent donc dans une impasse en 2006 et 2007, et la pensée dominante put s'en tenir à une nouvelle géographie imaginaire où il y avait d'une part, les "gens normaux" au centre avec le PS, l'UDF, et l'UMP, et puis deux extrêmes avec des barbares tous plus monstrueux les uns que les autres. Et même à la limite avec des gens sous-payés ou sous-diplômés, ô comble de l'horreur et de la déchéance.
Mais la réalité continue à faire des siennes. La mondialisation reste incompatible avec l'ambition européenne, et il devient de plus en plus difficile de le nier. Ainsi donc, suite à cette annonce un peu intempestive du président Sarkozy, la présence de l'ultralibéralisme anglo-américain à l'oeuvre dans de nombreuses institutions internationales est à présent reconnue comme un danger et une détérioration dans l'ensemble du spectre politique français.
Il n'y a plus de "méchants" et de "gentils". Il n'y a plus, comme du temps de Mitterand et des intellectuels socialistes, des monstres psychopathes qui se trouveraient mystérieusement exposés à la concurrence mondiale, et des gens de bon ton qui en seraient mystérieusement protégés.
Et l'on peut commencer à rechercher des solutions, avec mesure, avec prise en compte sereine des réalités, avec considération pour les souffrances et l'avis des autres. Nous ne pouvons pas continuer dans l'évolution européenne actuelle, et nous avons besoin d'une forme d'Europe forte.
Alors, comment faire?
17:05 Publié dans UMP | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Europe, Politique, Municipales, UMP, Brest






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